La très latine chanteuse de jazz Gretchen Parlato filait le parfait accord avec son guitariste Lionel Loueke, hier soir, au Largo.

Une brise nommée Parlato
by Régis Tremblay
Le Soleil, Québec
23 mai 2006

Se laisser emporter par la voix aérienne de Gretchen Parlato, cette voix qui vogue si librement sur les accords fluides du guitariste Lionel Loueke, c’est fuir la grisaille ambiante, c’est prendre le large et mettre le cap vers un pays du soleil... Voilà ce qui est arrivé aux fervents et paisibles amateurs de jazz qui se trouvaient hier soir, au Largo Resto-Club. En ces moments d’évasion, la rue Saint-Joseph était bien loin, elle se situait quelque part au Brésil...

Il n’a pas fallu longtemps pour que la douce spontanéité de ce spectacle aéré, détendu, inspiré, produise sur l’assistance un effet euphorisant, créant un climat musical toujours clément. Le beau fixe !

Dès les premières notes d’une bossa d’Antonio Carlos Jobim, la couleur musicale était donnée par la voix si légère de Gretchen Parlato : une couleur pastel, mais vive, comme un pur azur tempéré par une fine vapeur marine. D’une si petite personne, mais si pleine de vie, il ne peut émaner qu’un jazz d’une délicate ardeur.

Bien sûr, on attendait de Parlato ces merveilleuses sambas jazzées, mais on espérait également quelques compositions originales de son guitariste Lionel Loueke. : comme cette chanson, presque une ritournelle qui parle d’argent, ce bien qui fait du mal, que Gretchen et Lionel ont esquissé ensemble, avant que le guitariste ne nous gratifie de son premier solo, très évocateur de son Afrique natale.

Puis Loueke s’est lancé dans une improvisation de percussion... sur le bois de son instrument. Gretchen l’imitait à sa façon, avec des mots inlassablement répétés comme autant de petits coups de tambour ! Un effet aussi charmant qu’inusité. Cet a parte a soulévé des cris de plaisir dans la salle du resto-club.

Plus la soirée avançait, et plus on mesurait l’apport déterminant de Lionel Loueke à la magie vocale de Parlato. Il arrivait même au guitariste de superposer sa prore voix à ses envolées instrumentales.

Quant à Gretchen Parlato, elle était particulièrement inspirée lorsqu’elle se coulait à quelque libre improvisation poétique, cependant que les mots s’effaçaient pour laisser place à un chant sans parole, à un souffle venu du fond de soi...